Entre labels qui surfent sur la vibe North Africa (NA), médias régionaux qui ne couvrent que ce qui est monétisable, et créateurs qui se battent pour exister hors des algorithmes, une vraie question se pose : est-ce que la scène nord-africaine est réellement intégrée, ou simplement exploitée ? La sortie récente de Danny Hajjar, journaliste musical passé par Rolling Stone MENA a ravivé un débat que beaucoup pensaient étouffé.
Danny Hajjar dit tout haut ce que tout(?) le monde pense
Danny Hajjar, ancien Founding Editor-in-Chief de Rolling Stone MENA et journaliste dont les bylines ont touché des géants comme le New York Times, Pitchfork, NPR, GQ Middle East ou encore GRAMMYs, a récemment lâché un constat lourd dans sa story : la culture nord-africaine inspire, alimente et enrichit les récits pop du MENA, mais n’est presque jamais placée au centre de la conversation.

Et il n’a pas tort. Combien de festivals MENA utilisent la musique marocaine comme argument marketing, mais programment ensuite les mêmes artistes signés, lissés, standardisés ? Combien de playlists régionales mettent des keywords qui font référence à la région dans le titre, mais passent des morceaux en rotation symbolique uniquement, histoire de cocher la case diversité ?
Le Nord-Afrique : une esthétique célébrée, une industrie ignorée
Ce débat expose un paradoxe : le Nord devient une esthétique, mais pas une industrie reconnue. Les artistes indépendants du Maroc, Tunisie, Algérie ou de la Libye font avancer les choses, cassent les codes, créent des univers, mais restent bloqués à la porte de structures qui préfèrent capitaliser sur l’image plutôt que comprendre la réalité du terrain.
Les médias régionaux, eux, s’accrochent encore à une vision safe de la musique : uniquement des artistes signés, solvables, politiquement corrects. Pendant que la vraie scène, Diy, brute et créative se retrouve cantonnée aux marges, sans exposition, sans relais, sans soutien.
Et c’est là que les propos de Hajjar piquent : qui profite vraiment du NA ? Ceux qui le vivent, ou ceux qui le consomment ?
Un débat nécessaire : et maintenant, on fait quoi ?
Alors comment on avance ? La question est ouverte, et c’est précisément le but : ouvrir le débat. Est-ce que le MENA reconnaît réellement la valeur du NA, ou est-ce qu’on reste coincés dans une relation extractive où l’on prend la culture, mais jamais les artistes avec ? Est-ce que l’industrie veut intégrer la scène nord-africaine, ou juste son esthétique ?
Ce que Hajjar met en lumière n’est pas une attaque, mais un point de départ : le début d’une discussion que beaucoup avaient envie d’avoir, mais que peu osaient formuler.
Kroniks ouvre la porte. À vous, artistes, producteurs, managers, publics, de rentrer dans la conversation.
Plus de Débats
L’AI Remix Wave : Génie créatif ou chaos annoncé ?
Depuis quelques semaines, une nouvelle vague secoue la scène musicale marocaine (et mondiale) : les AI Remixes. Des sons réinterprétés …


